Pourquoi tant de haine contre l’autonomie des universités ?

Lionel Collet et Jean-Loup Salzmann, anciens présidents de la Conférence des présidents d’université, dénoncent le coup de force de l’administration pour imposer des règles de nomination du corps enseignant incompatibles avec les exigences universitaires.. Pour eux "Ce serait faire fi de l'autonomie pédagogique en favorisant ces mutations plutôt que les compétences dans un domaine pédagogique correspondant aux besoins et aux choix de l'université". Et nous voyons ici encore une illustration du principe que le statut est la valeur suprême de la république, quelqu'en soit les conséquences.

Cette question a été abordée par plusieurs candidats à l’élection présidentielle, en particulier Alain Juppé et Emmanuel Macron qui ont tous deux plaidé pour une plus grande autonomie des universités.

 Alain Juppé veut « franchir la deuxième étape de l'autonomie " pour les universités, en leur transférant l'immobilier   et en leur donnant davantage de pouvoirs, par exemple en leur permettant de recruter plus librement tout en fixant les rémunérations sur un autre model que celui de la fonction publique. (voir article des Echos)
Macron lui est beaucoup plus audacieux : il veut, à juste raison, commencer par décentraliser en réduisant les effectifs du ministère, tout en décentralisant la gestion des universités dans le cadre de contrats pluriannuels. Il prône aussi une liberté dans le choix et les conditions de recrutement des enseignants. Il faut dire que la France bat le record du monde du nombre relatif de fonctionnaires du ministère de l’éducation national rapporté au nombre d’enseignants. Seul les systèmes totalitaires ont pu atteindre de tels ratios.
Tout cela nous fait espérer que les réformes nécessaires auront lieu prochainement, mais là encore il ne faut pas sous-estimer les pouvoirs des corporatismes et la force du clientélisme.

Enfin n’oublions pas que François Fillon premier ministre avait déjà fait voter en 2007 la loi LRU, prévoyant une première étape d’autonomie des universités, loi qui avait été largement combattue par une grande partie de la gauche.

Pour beaucoup à gauche l’autonomie des universités conduirait à une sélection des étudiants par l’argent.  Cet article qui prend comme exemple du danger de l’autonomie l’exemple américain est typique de la vision de la gauche. Il oublie simplement de dire que l’inégalité sociale de l’accession aux études supérieures est beaucoup plus grande en France qu’aux USA, et que la diversité est beaucoup plus grande aussi aux USA. Le mode de financement des études et l’autonomie ne sont pas le même problème, comme cela a été démontré dans une multitude d’autres pays. Dans le domaine de l’égalité des chances la France est un des plus mauvais élèves.