De Turgot à Fillion le destin tragique des réformateurs

L'élection présidentielle aura lieu 241 ans après le renvoi de Turgot par Louis XVI sous la pression de plusieurs groupes soucieux de maintenir leurs privilèges. Le renvoi de Turgot et l'impossibilité de réformer et d'équilibrer le budget de l'état conduiront dirctement à la révolution de 1789. Si comparaison n'est pas raison et si comme le disait Karl Marx «L'histoire ne se répète pas, elle bégaie » il est impossible de ne pas remarquer les similitudes entre l'échec de Turgot et les problèmes de François Fillion en 2017

Né en 1727 Anne Robert Turgot sera une des figures importantes du siècle des lumières. En 1754, il publie sa Lettre sur la tolérance civile et, en 1757, il participe à L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Par la suite il fera carrière dans l’administration royale. Appelé en 1774 par Louis XVI pour être le contrôleur général des finances il découvre la situation catastrophique des finances publiques. L’État est au bord de la banqueroute, et ne peut rembourser ses créanciers. Le jour de sa nomination il adresse à Louis XVI, jeune roi âgé de 20 ans, la lettre suivante :
« Point de banqueroute ni avouée ni masquée par des réductions forcées. Point d'augmentation d'impositions : la raison en est dans la situation des peuples, et encore plus dans le cœur de Votre Majesté. Point d'emprunt, parce que tout emprunt diminuant toujours le revenu libre, il nécessite au bout de quelque temps ou la banqueroute ou l'augmentation de l'imposition. Il ne faut en temps de paix se permettre d'emprunter que pour liquider ses dettes anciennes, ou pour rembourser d'autres emprunts faits à un denier plus onéreux. Pour remplir ces trois points, il n'y a qu'un moyen, c'est de réduire la dépense au-dessous de la recette. (...) On demande sur quoi retrancher, et chaque ordonnateur dans sa partie soutiendra que presque toutes les dépenses particulières sont indispensables. Ils peuvent dire de fort bonnes raisons, mais comme il n'y en a point pour faire ce qui est impossible, il faut que toutes ces raisons cèdent à la nécessité absolue de l'économie... "

Au cours des deux années où il sera au pouvoir, Turgot entreprendra d’importantes réformes afin de moderniser l’impôt et libéraliser l’économie : rétablissement de la liberté de circulation des grains, abolition des corporations, suppression de la corvée royale des routes remplacée par un impôt foncier. Malheureusement ces réformes vont fédérer contre lui tous les privilégiés qui ont tout à perdre du changement.

Clergé, parlement, commerçants, bourgeois, cour du roi, le parti de Choiseul et la reine elle-même, furieuse que Turgot ait refusé de conserver la surintendance des courriers au chevalier de Montmorency, tous useront de leur influence pour faire tomber Turgot. On l’accuse même d’être un agent de l’Angleterre ! Tous les moyens sont bons, y compris les chansons : dans les « Prophéties turgotines »il est accusé d’être à la fois hâté, anarchiste, et un dangereux républicain. Oui la France n’a jamais aimé les réformateurs et encore moins les libéraux.

portrait de Turgot
Anne Robert Jacques Turgot de l'Aulne
(1727-1781)
Intendant du Limousin